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Quel effet ont les sanctions de la CEDEAO sur l'économie malienne ?

Quel effet ont les sanctions de la CEDEAO sur l'économie malienne ?

il y a 3 mois | by: David Kodjani

Soumis à une restriction économique depuis le 9 janvier, le Mali est limité dans ses échanges commerciaux avec ses partenaires de la Cédéao aux seuls biens de première nécessité. Cette situation affecte lourdement l’économie du pays, mais également celle de ses plus proches partenaires.

Le contexte


Lors du sommet extraordinaire des dirigeants de la Communauté économique des États d'Afrique de l'Ouest (Cédéao), qui s'est tenu le 9 janvier 2022, des sanctions “très dures” ont été adoptées en raison du non-respect par la junte au pouvoir au Mali de l'échéance de février pour organiser des élections et ramener les civils au pouvoir.


Parmi elles :


  • la fermeture des frontières entre le Mali et les pays membres de la Cédéao,

  • le gel des actifs maliens au sein de la Banque Centrale des États d'Afrique de l'Ouest,

  • la suspension des transactions sauf pour les produits de première nécessité et pharmaceutiques.

  • coupure des aides financières

  • rappel des ambassadeurs des pays membres au Mali


Ces sanctions qui sont plus axées sur la finance ont sans aucun doute des impacts sur l’économie du Mali et même sur celle des pays frontaliers. 


Des impacts que nous a révélé le Docteur en science économique, Lamine Keita, avec qui nous nous sommes entretenus.


Pour Dr. Keita, “il s'agissait pour la CEDEAO de sanctionner les autorités de la transition du Mali.” Mais avec ces décisions “on a toute l’impression que la CEDEAO s’est trompé de cible car ces décisions  n’affectent pas spécifiquement les autorités visées mais plutôt les populations du Mali, de l’UEMOA en empêchant les mouvements des personnes et des biens en bloquant l’économie et en détruisant des richesses. Il est évident que ces décisions là vont être impopulaires et d’ailleurs elles ont été contestées non seulement au Mali mais aussi dans différents pays. (...) La CEDEAO doit comprendre que les décisions prises l’auront été sous une mauvaise inspiration.”


Selon l’analyse de notre expert en économie, “ces décisions ne sont écrites nulle part dans aucun des textes de la CEDEAO ou de l’UEMOA”


Par ailleurs, on peut lire dans les statuts de la BCEAO à l’article 4 que : “Dans l’exercice des pouvoirs et dans l’accomplissement des missions qui leur sont conférés par le Traité de l’UMOA et par les présents Statuts, la Banque Centrale, ses organes, un membre quelconque de ses organes ou de son personnel ne peuvent solliciter, ni recevoir des directives ou des instructions des institutions ou organes communautaires, des Gouvernements des Etats membres de l’UMOA, de tout autre organisme ou de toute autre personne. Les institutions et organes communautaires ainsi que les Gouvernements des Etats membres de l’UMOA s’engagent à respecter ce principe.” Ce qui montre encore une fois, selon Dr Keita, “la pertinence de tous les qualificatifs utilisés pour dénoncer la profondeur et l'injustice des fautes commises par ces instances là.”


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Les conséquences économiques


Selon notre interlocuteur, Dr. Keita, les conséquences de ces décisions sont négatives et immédiates. 


“Pour les produits périssables, des milliards de FCFA sont perdus chaque jour par les populations africaines sans aucune garantie d'être compensés alors qu’ils n’ont commis aucune faute.”


Ces sanctions entraînent également une hausse des prix sur les marchés du fait de la perturbation des anticipations des agents alors que l’article 8 des statuts de la BCEAO stipule que “L’objectif principal de la politique monétaire de la Banque Centrale est d’assurer la stabilité des prix”.


En termes d’importation du Sénégal au Mali, “il y a plus d’un milliard de FCFA de perte par jour sans compter celle du Mali vers le Sénégal. Par ailleurs le refus de la BCEAO de jouer son rôle induit immanquablement l’accumulation d’arriérés pour la population africaine et autres investisseurs disposant des créances arrivant à échéance au Mali qui est pourtant potentiellement solvable.”


“Il y a un très mauvais signal qui a été ainsi donné aux investisseurs internationaux en introduisant un facteur supplémentaire de risque dans le climat des affaires qui a plutôt un besoin d'être rassurant.” nous explique Dr. Keita.


Même si ces sanctions ont eu des conséquences négatives, il faut dire qu’elles ont créé des opportunités pour le Mali surtout au niveau du terrorisme. En effet “la fermeture des frontières a fortement limité le mouvement et les capacités de nuisance des forces terroristes qui sont privés de moyen d'approvisionnement en carburant à un moment où l’armée malienne montait en puissance.” a souligné Dr. Keita.


Quelques conseils


A notre question “quel conseil avez-vous à donner pour que le pays sorte la tête de l’eau financièrement ?”, le Docteur Lamine Keita nous a fait savoir que : 


  • En premier lieu, le Mali doit attaquer ces décisions devant d’autres instances de rang mondial sans douter de la défaillance qui puisse caractériser ces institutions régionales et instances mises en place.”


  • Le pays doit engager la responsabilité de la BCEAO sur les défaillances en matière de continuité du service qui lui est confié par chacun des Etats.” 


  • Le gouvernement doit “prendre l’initiative de se protéger à jamais contre ses abus d’autorité en développant des partenariats économiques, commerciaux et financiers plus appropriés. Dans l'urgence, le faire avec les pays du nord du Mali comme la Mauritanie, l’Algérie et aussi la Guinée pour contourner l’emprise de la CEDEAO.”


Il faut néanmoins noter que c’est avant tout le dialogue qui peut permettre de sortir de cette situation car ces sanctions constituent une entrave pour le Mali comme pour ses voisins. Le Mali et ses partenaires doivent donc tout mettre en œuvre pour trouver une issue rapide à cette crise et redonner du souffle à leurs économies.